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Antiquité

L'Oued Saf-saf par B. Fren - 1848

— L'Oued Saf-saf —

HISTOIRE DE SKIKDA - Page 1 -
– Origine des noms Skikda, Stora et Saf-Saf –

Une ville très ancienne
ille plus que millénaire, Skikda située au nord de l'Algérie, au bord de la Méditerranée, verra passer au cours des siècles, les hordes qui envahirent cette Afrique du Nord qui attisaient tant de convoitises. Bien avant la colonisation française, Skikda l'antique Rusicade a vu plusieurs civilisations se succéder ou se côtoyer. Elles furent numide, phénicienne, romaine, musulmane puis turque. De nombreux vestiges dont une partie est dans le musée de la ville, l'autre, encore dissimulée à travers les plaines et les montagnes, témoigne du passé prestigieux de la région.

Skikda et Stora, son port, sont nichées au fond du Golfe de Skikda (c’est le Sinus Numidicus de l’Antiquité, ou Golfe de Numidie).
Ptolémée est le seul géographe de l’Antiquité qui parle du Golfe de Numidie. Il avait donné la mesure exacte de son étendue et le décrivait en deux parties séparées par une saillie de la côte ; l’une à l’Est, c’est la baie de Skikda-Stora, qu’il appelait Sinus Olkachites, et celle de l’Ouest, Kollops Magnus, qui correspond à la baie de Collo.
Le Golfe de Skikda est formé par le Ras-Bougaroun (Cap Bougaroun) également appelé Sebâ Rous (Sept Caps) à l’Ouest, et le Ras-el-Haddid (Cap de Fer) à l’Est. Ce vaste enfoncement est le plus important de la côte algérienne.
En arabe, Ras-Bougaroun, signifie Cap aux Cornes (ou Cap Cornu), car il est également appelé Sebâ Rous, c’est-à-dire les Sept Caps, à cause des sept saillies qui le forment.

— Golfe de Skikda —

Bien qu'à notre connaissance la ville n'ait pas été le théâtre d'évènements importants, il semblerait qu'elle avait assez de renommée, puisque malgré leur laconisme, presque tous les géographes anciens en parlent. Elle est mentionnée par Skylax (IVe siècle avant J.C.), Pomponius Mela (Ier siècle), Pline l'Ancien (Ier siècle), Ptolémée (IIe siècle), l'itinéraire d'Antonin, la Table de Peutinger, Vibius Sequester (IVe siècle), Paul Orose (Ve siècle), Æthicus, Isidore de Séville, l'Anonyme de Ravenne (VIIe siècle)...

— Rusicade colonia - Table de Peutinger —

La Table de Peutinger certifie son importance, d'abord en marquant près de son nom des maisonnettes, signe par lequel elle indique les villes principales, ensuite en lui donnant le titre de colonie. Si cette dernière qualification ne se trouve pas chez les autres écrivains, elle est aujourd'hui devenue incontestable, car Rusicade est attestée comme colonie romaine par plusieurs monuments épigraphiques découverts sur les lieux, comme par exemple une inscription retrouvée, en 1841, sur une stèle en marbre du Théâtre Romain et reproduite ci-dessous.
Cette inscription est sur un très beau marbre qui paraît avoir servi de piédestal à une statue. Le marbre qui porte cette inscription est haut de 1,25 m sur 0,85 m de large.
Les lettres de la 1ère et de la dernière lignes sont hautes de 0,46 m, toutes les autres lettres mesurent 0,34 m de haut. Cette pièce archéologique, comme tant d'autres, sera emportée en France et fera partie des collections du Musée du Louvre.

— Skikda - Reproduction de la stèle retrouvée dans le théâtre de Rusicade —

Dans les documents que j'ai consultés, j'ai trouvé une différence dans le texte retranscrit (texte en bleu) à partir de la stèle. Je me contente de les exposer sur ce site, cette différence de relevé ne change rien sur le fond.

GENIO COLONIAE
VENERIAE RVSICADIS
AVG SACR
M. AEMILIVS BALLATOR
PRAETERIS-X-M-N QVAE IN
OPVS CVLTVMVE THEATR
POSTVLANTE POPVLO DE
DIT STATVAS DVAS GENI
VM PATRIAE N ET ANNO
NAE SACRAE VRBIS SVA
PECVNIA POSVIT AD
QVARVM DEDICATIO
NEM DIEM LVDORVM
CVM MISSILIBVS EDIDIT
L D D D

GENIO COLONIAE
VENERIAE RVSICADIS
AVG SACR
M. AEMILIVS BELLATOR
PRAETERIS-X-M-NOVAE IN
OPVS CVLTVMVE THEATR
POSTVLANTE POPVLO DE
DIT STATVAS DVAS GENI
VM PATRIAE N ET ANNO

NAE SACRAE VRBIS SVA
PECVNIA POSVIT AD
QVARVM DEDICATIO
NEM DIEM LVDORVM
CVM MISSILIBVS EDIDIT
L D D D

Dans sa publication N° 2174 "Inscriptions romaines de l'Algérie", M. Léon Rénier en a donné l'interprétation suivante :

Genio coloniae veneriae Rusicadis Aug(usto) Sacr(um)
M(arcus) Aemilius Ballator,
praeter sestertium decem m(illia) n(ummum), quae in
opus cultumue theatri
postulante populo dedit,
statuas duas genium
patriae n(ostrae) et Annonae sacrae Urbis,
sua pecunia posuit, ad quarum dedicationem diem ludorum
cum missilibus edidit
L(ocus) D(atus) D(ecreto) D(ecurionum)

Traduction de la 2ème version - source "L'Institut" N° 63 de Mars 1841.

Au génie de la Colonie de Rusicade consacrée à Vénus,
Marcus Aemilius Ballator, prêtre d’Auguste et préteur, à la demande du peuple
a donné la somme de dix grands sesterces en monnaie nouvelle
pour les besoins ou l’ornement du théâtre.
Il a (en outre) érigé de ses propres deniers deux statues (représentant)
le génie de notre patrie et la déesse Annona, de Rome,
pour l’inauguration desquelles il a fait célébrer des jeux,
avec accompagnement de largesses.
Emplacement accordé par un décret de décurions.

— Skikda vue du Phare de Stora —

Origines phéniciennes de Skikda
es Phéniciens fondèrent Carthage vers l'année 814 avant J.C., et poussèrent leurs bateaux jusqu'en Espagne. Mais la côte africaine de la Méditerranée était très hostile car de nombreux récifs et de hauts-fonds rendaient la navigation nocturne très difficile. Les plus téméraires évitaient de naviguer la nuit. La nécessité de ces haltes explique en partie la création de petits ports le long de la côte, abrités dans des golfes tous les 30 à 40 km, distance équivalant à une journée de navigation.
Ainsi furent fondés les fameux comptoirs phéniciens, qui jouèrent un rôle important dans le commerce et dans les échanges pendant l'Antiquité et bien au-delà.
D’Est en Ouest, la côte algérienne abritait des comptoirs qui sont devenus : Annaba, Skikda, Collo, Jijel, Bejaïa, Dellys, Alger, Tipaza, Cherchell, Ténès, Bettioua, Chazaouet... Comptoirs qui seront plus tard les assises des villes puniques, numides puis romaines.

Il semblerait que Skikda ait d'abord porté, selon plusieurs hypothèses, un nom en langue punique : Rusicad, ou Ruszicat (Uzicath), Rus-Cicar, Rus-Licar. Ce nom deviendra Rusicade sous l'occupation romaine, puis enfin Skikda.
Elle sera rebaptisée Philippeville pendant la colonisation française, puis de nouveau Skikda à l'indépendance de l'Algérie.

Ce n'est qu'au Moyen-Age qu'apparaîtra le nom de Stora pour désigner le port de Skikda dans les récits de certains historiens et géographes, car ce nom, inconnu pendant l'Antiquité, était utilisé par les navigateurs et les commerçants pour désigner indifféremment la ville et son port.
L'histoire de Skikda est liée à celle de Stora qui sera son port de l'Antiquité à la fin du XIXe siècle, au point d'être parfois confondues dans les différents récits.

TOPONYMES DE SKIKDA - STORA - SAFSAF - RUSICADE
appelons que la langue punique et l'arabe sont des langues sémitiques présentant de nombreuses analogies. Le punique était la langue des Phéniciens et sera adopté par les Carthaginois. C’est le punique qui laissera l’empreinte la plus durable tant sur le plan artistique qu’intellectuel. Cette langue sera largement utilisée en Afrique du Nord et ce, probablement jusqu'à l'arrivée des Arabes. C’est un fait confirmé au Ve siècle par Saint Augustin, évêque d’Hippone, qui écrira "lingua punica id est afra" (la langue punique, c’est-à-dire l’africaine) ; et ce dernier se fera accompagné d'un interprète punique quand il devait s’adresser aux populations de Numidie.

L'Oued Saf-saf par José Ortéga

— Skikda - Oued Saf-Saf —

Identité des mots Thapsus (Tapsus), Thapsa (Tapsa) et Saf-Saf
hapsus, qui est la forme latinisée de Thapsa (Tapsa), désignait le fleuve qui était très probablement l'actuel Oued Saf-Saf. En effet, au IVe siècle, Vibius Sequester, dans son livre "de fluminibus, fontibus, paludibus, ..", place près de Rusicade, le fleuve Thapsus : "Thapsus Africae juxta Rusicadem".

— (Le fleuve) Tapsus en Afrique près de Rusicade - Vibius Sequester —

Au Ve siècle avant J.C., la petite cité est mentionnée par Skylax (Scylax) dans son "Périple", mais une mauvaise interprétation de ses écrits fera naître une confusion entre le nom de la ville et celui du fleuve tout proche, Thapsa (Thapsus), qui est notre actuel oued Saf-Saf.
Skylax, dans sa description d'Est en Ouest du littoral nord-africain, écrit en grec : "Thapsa kai polis kai limen" qui se traduit par "Thapsa et une ville et un port". Il y a donc lieu de distinguer trois choses : le fleuve Thapsa, une ville, et un port ; ce qui correspond bien à la rivière Thapsus (Saf-Saf), la cité de Rusicade et son port naturel de Stora.
On peut donc supposer que Skylax ne fait aucune confusion, mais que sa description assez succinte laisse place à une ambiguïté et a induit en erreur ceux qui le lisaient. C'est d'ailleurs, plutôt une énumération sommaire de lieux, qu'une véritable description, car ce sont les seuls mots consacrés à notre ville, sans plus de détails. C'est donc une erreur de supposer que la ville s'est appelée Thapsa.

Ne pas confondre non plus avec la ville de Thapsus en Tunisie, où se déroula une célèbre bataille en 46 avant J.C. et qui opposa Jules César à Metellus Scipion.

Charles Tissot dans sa "Géographie comparée de la Province Romaine d’Afrique" (1884) affirme que Thapsa dérive d’un radical ayant le sens de transit, et signifierait « l'endroit où l'on passe, le gué ». D’après Charles Tissot, Vibius Sequester ne nous aurait pas fait connaître le nom du fleuve voisin de Rusicade, mais simplement le nom, très générique, du point où on le franchissait.

Le docteur A. Judas a fait une étude toponymique (1860) sur les noms Tapsa et Saf-Saf. D'après ses recherches "saf-saf" est un mot sémitique adopté par les Berbères pour nommer le peuplier blanc. Il répond au mot tsaf-tsafa. Gesenius traduit ce mot par saule, signification qu'à aussi saf-saf en arabe. Mais il semble signifier d'une manière plus générale un arbre croissant près des eaux. Il est composé par la répétition de la racine Tsaf que Gesenius et d'autres auteurs considèrent, avec la plus grande vraisemblance, comme venant de tsouf, qui signifie, couler avec abondance, déborder, nager ...

De là vient aussi le mot berbère asif, rivière, et il est à remarquer que dans la même langue, le peuplier en général se dit asghar ou asif, c'est-à-dire bois de rivière.
L'initiale de la racine hébraïque, qui est un "tsade" ou "ts", se rendait en grec et en latin, tantôt par "s", tantôt par "t".

D'un autre côté le "phé" final correspondait au "p" et au "f" des deux mêmes alphabets.
Tsaf-tsafa pouvait donc se transcrire Taf-tafa, ou Saf-safa, ou Taf-safa ou Tap-safa, etc.
Dans la dernière forme se trouve l'analogie avec Tapsa, Tapsus, le "p" ou le "f" du second composant étant tombé pour être remplacé par la terminaison grecque ou latine.

On pourrait aussi être disposé à tirer l'étymologie du mot qui nous occupe de Tsafa : être clair, brillant, ce qui s'entendrait de la blancheur du "populus alba" aussi bien que du "salix alba" ; mais l'opinion de Gesenius semble plus probable.

Quoi qu'il en soit, le rapport de Tafsaf ou Tapsa ne s'en déduirait pas moins.
La conclusion qui s'impose suite à ces recherches est qu'il y a identité entre les mots Thapsus (Thapsa) et Saf-Saf.

— Skikda —

Rusicade - Skikda
e nom de Rusicade (écrit avec un seul "s" et prononcé "roussikadé") prêtera à plusieurs hypothèses qui sont exposées ci-après. Car ce nom d'origine punique (phénicienne ou carthaginoise), sera tout simplement adopté par les Romains.
Le punique "rus" signifie "cap", exactement comme le mot arabe "ras" qui signifie cap mais également tête. On notera que le mot cap vient lui-même du latin "capo" qui veut dire tête.

Selon l'hypothèse de M. de Marcilly (1853) la ville aurait porté le nom carthaginois de Rusicad (sans e), donc d'origine punique. Quand plus tard Rome supplantera Carthage, les noms puniques des villes d'Afrique du Nord seront latinisés. Le nom de la ville deviendra ainsi Rusicade. D'après le même auteur, le nom latinisé de la ville, est Rusicade et non Rusicada. Le génitif Rusicadis ne pouvant provenir que d'un nominatif latin tel que Rusicade (Rusicada, Rusicadis, Rusicadem n'étant que des déclinaisons de Rusicade).

Le docteur A. Judas estime lui aussi que Rusicade est un composé punique qui pourrait signifier Cap Ardent, là encore à raison d'un phare, et qu'il répond au moderne Skikda ; mais sans donner plus de détails.

Une hypothèse similaire donne le nom punique de Rus-el-uqad (Ras el waqad, en arabe) qui signifierait le Cap de Feu, à cause d'un phare qui aurait signalé le cap aux navigateurs.

Ou bien encore, toujours en langue punique, Rus-Cicar, Rus-Sadeh (Cap de la Plaine) ou Rus-Licar (Cap du Feu).

Quant à M. Marcus, ce dernier pense que la ville serait Uzicath que le géographe grec Ptolémée situe à peu près au même endroit. Il suppose que le nom punique d'Uzicath serait Ruszicat (Cap "Zicat") et que l'episcopus Susicaziensis de la notice de Numidie appartenait peut-être à cette place ; mais sans préciser le sens du mot Uzicath.

D'autres pensent que Rusicade serait la contraction de Rus-cicada, qui dans deux langues différentes, signifierait Cap des Cigales ("Rus" en punique = cap et "cicada" en latin = cigale).
Cette explication est discutable, car on voudrait donner un sens à un nom qui serait composé de deux mots appartenant à deux langues totalement différentes. Il ne faut pas perdre de vue que Rusicade est un nom d'origine punique et non rormaine. En outre, le nom latinisé de la ville, est Rusicade et non Rusicada, comme nous l'avons vu plus haut.

On imagine mal pour quelle raison les Romains n'aient pas donné un nom entièrement latin, parce qu'il faut admettre que Rusicade (ou même Rusicada) n'a aucune signification dans cette langue. Il est donc plus probable que le nom "latinisé" de Rusicade provienne du punique Rusicade et que c'est dans cette langue qu'il faut chercher l'origine de son nom.

Cependant, j'ai fait une recherche du mot cigale en arabe sur le Web. Tous les dictionnaires ont donné, cigale en arabe = ziz, ce que je savais déjà, mais l'un d'eux a en plus donné un synonyme, Sikada (écrit en caractères arabes). Si cela s'avère correct, cela relance le débat, mais qu'en est-il du mot cigale en punique ? Est-ce que la proximité de l'arabe et du punique irait dans ce sens ? Est-ce que le "cicada" latin serait emprunté à la langue punique ?
J'avoue que personnellement cette hypothèse de Cap des Cigales me séduit, et ce serait un bien joli nom, mais laissons la poésie de côté et soyons objectifs en l'absence de preuves.

L'historien et responsable du Musée archéologique communal de Skikda, M. Mahieddine Chebli, donne une autre explication que voici ci-dessous (cependant M. Chebli reprend l'erreur attribuée à Skylax, au Ve siècle avant J.C., concernant le nom Thapsus qui désigne le fleuve et non la ville, comme cela a été expliqué plus haut) :
Ce toponyme (Rusicade) existe déjà depuis le début de l’époque punique. Le comptoir punique est situé au pied de la colline du Skikda (Bouabbaz) et à cette époque cette colline qui est en réalité un promontoire, s’appelle  en numide, c’est-à-dire en berbère, “Askade”. [...]
“Askade” tire sa racine du verbe berbère “sekked”  qui veut dire “regarder”, “voir”… Ne dit-on pas d’ailleurs dans l’Algérois, les Kabylies et l’Est du pays, à un enfant turbulent, “n’sekdek”, ce qui veut dire tout simplement ”je te ferais voir” ?
Ce promontoire possédant une partie maritime, ce qui revient à dire un “cap” près duquel fut édifié Tsaf-tsaf (Thapsus), est appelé par les Phéniciens, RusAskade que nous pouvons traduire par le “cap du promontoire" que les Romains transcrivent pour l’éternité sous la forme de Rusicade, ce qui signifie en berbéro-punique, “le Cap du Promontoire”.
Pour les historiens de l’Afrique du Nord antique, dans  les villes de l’Afrique, de la Numidie et des Maurétanies romaines, on écrit en latin mais on parle en punique. C’est ainsi que ”Skikda” pourrait être le diminutif “punicisé” de “Askade”. On le trouve chez les premiers chroniqueurs et historiens musulmans dont Ibn Abd-el-Hakam qui notent qu’au début de la conquête musulmane, le site porte le nom de “Ras Skikda”, ou “cap du petit promontoire”, qui au cours des siècles finit par devenir “Skikda”.

Quoi qu'il en soit, après la conquête de l'Afrique du Nord, les Arabes ne feront que reprendre l'appellation donnée par ses habitants, c'est-à-dire Skikda.
Ras-Skikda (Cap de Skikda) désignera plus pécisément le cap, le djebel qui domine la ville de Skikda, et qui avance dans la mer, non loin de l'embouchure du fleuve Saf-Saf..
De toute évidence, la parenté entre Rusicade ("roussicadé") et Ras-Skikda est indiscutable.

— Stora —

Etymologie de Stora
a ville phénicienne ancêtre de Skikda possédait son mouillage à environ quatre kilomètres à l'Ouest. Ce port, ou plutôt ce comptoir maritime, niché au fond du Golfe de Numidie, formé par le Cap Bougaroun (en arabe, Ras-Bougaroun, qui signifie sans doute Cap aux Cornes ou Cap Cornu) et le Cap de Fer (en arabe, Ras-el-Haddid), constituait un abri sûr pour les navires qui y venaient au mouillage. Il sera connu plus tard sous le nom de Stora, nom dont l'origine reste incertaine.

Le docteur A. Judas suggère de rapprocher le nom de Stora à celui de la Vénus phénicienne, Astarté, Astoreth ou Astora. Cette divinité était vénérée par les navigateurs phéniciens qui en sculptaient la figure sur la proue de leurs navires et très souvent donnaient son nom à leurs stations maritimes.
M. Judas suppose que cette hypothèse serait confirmée par le fait que plus tard, les Romains consacreront Rusicade à la déesse Vénus. Puisque la maison impériale était sous la protection de cette même déesse, ils ne voulurent pas rompre avec la coutume locale et adoptèrent la même divinité que leurs prédecesseurs phéniciens.
Pourtant cette hypothèse est peu probable, car comme il a été dit précédemment, le nom de Stora n'apparaîtra que beaucoup plus tard, au Moyen-Age. Ce fait est confirmé parce qu'aucune trace de ce nom n'est trouvée dans l'épigraphie de Rusicade et même de Stora.

Une autre hypothèse, celle de M. A. Cherbonneau (1860), voudrait que Stora vienne de l'arabe "stour" qui veut dire rideau, protection, abri, pour designer l'abri que serait ce port. En effet, un vaste escarpement protège le port des vents d'Ouest. Cette étymologie est d'autant plus acceptable, que le nom de Stora, complètement inconnu des Anciens, ne paraît dans les récits des voyageurs, que bien après l'arrivée des Arabes. Rappelons que Stora est une déformation phonétique de Stoura en arabe.

En effet, ce n'est qu'au XIe siècle, que l'historien et géographe arabe, Abou Obeïd El Bakri parle de "Istoura".
Au XIIe siècle, un autre géographe arabe Charif El Edrissi signale "Mers Estoura" (Le port de Stora) comme port sur la côte de Numidie.
Mes recherches sur le web n'ont pas encore abouti, mais il serait intéressant de consulter les fac-similes des textes originaux en arabe pour voir quelle orthographe, ces deux auteurs utilisaient pour "Stora". En effet, car il y a deux "t" en arabe avec une légère différence de prononciation.
Si l'hypotèse énoncée précédemment s'avérait corroborée, dans ce cas l'orthographe actuelle de Stora en arabe serait erronée.
Je me souviens que mes grand-mères prononçaient Stora avec le "t" de "stour", ce qui me fait pencher dans le sens de cette hypothèse, mais il est vrai que l'accent des "Skikdi" exagère cette prononciation...