Haut de page Page suivante Patrimoine de Skikda
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Patrimoine oublié

— Skikda - vestiges de Rusicade —

LE PATRIMOINE DE SKIKDA - Page 1 -
Patrimoine riche et varié

Le patrimoine de Skikda
n a souvent souligné que, de tous les pays de l'Occident méditerranéen, l'Afrique du Nord était sans doute celui où l'étude du passé se présentait dans les conditions les plus favorables. Les Antiquités romaines de l'Algérie fournissent des monuments, et plus particulièrement des ensembles, absolument uniques, plus nombreux que ceux de l'Italie elle-même. D’une extraordinaire richesse, leur intérêt scientifique est inestimable.

Le patrimoine de Skikda est particulièrement riche et concerne plusieurs domaines :
- patrimoine archéologique
- patrimoine colonial, dont certains édifices sont classés
- patrimoine artistique
- patrimoine touristique

Malheureusement, dans sa grande majorité, ce patrimoine semble laissé à l’abandon et faute d'entretien, on peut constater des dégradations qui ne sont même pas réparées (faïences abîmées ou recouvertes de peinture dans les édifices publics, statues estropiées ou souillées de peinture dans les squares...).

Tous les skikdis vantent la beauté de leur ville, mais combien se rendent compte de la détérioration de Skikda, détérioration pourtant visible : déchets dans les rues, les Arcades qui menacent de s'écrouler et qu'on étaye avec des renforts métalliques, le quartier napolitain laissé à l'abandon, vétusté des constructions, une urbanisation anarchique, etc.
Et que dire de l'environnement qui se détériore d'année en année et de cette pollution générée par le complexe pétrochimique, la plus visible étant cette fumée noire s'échappant des torchères et qui plane en permanence sur une partie de la ville. Quand on pense que ce complexe a été installé dans une zone hautement touristique et agricole, aux portes de Skikda...

Il est grand temps que les élus locaux et nationaux prennent des mesures pour sauvegarder le patrimoine national, car le temps travaille contre nous. Ces mesures, outre l'action gouvernementale, concerneraient également la sensibilisation de la population pour participer à cette tâche qui devrait concerner chaque Algérien.

Quant au musée actuel, beaucoup trop petit, et surtout inadapté, il n'est pas digne d'une wilaya comme celle de Skikda et pas à la hauteur du passé prestigieux de la ville.
D'ailleurs plusieurs statues et sarcophages, deux fois millénaires, sont dans la cour du musée, exposés aux dégradations de toute nature. Sans oublier d'autres vestiges exposés dans le parc du Théâtre Romain.

Skikda mériterait un grand musée digne de ce nom avec système de protection contre les intrusions et les vols, système de protection contre la dégradation naturelle (hygrométrie, etc).
Ce musée abriterait toutes les pièces qui sont disséminées à travers la ville (tableaux, colonnes, statues, et autres objets exposées aux intempéries, au vol et aux actes de vandalisme).
Avec toute la richesse patrimoniale de Skikda, ce musée pourrait de nouveau être l'un des plus grands d'Algérie, et constituer un des éléments touristiques majeurs de la ville, et même de la région. On peut imaginer qu'il comporterait plusieurs grands espaces (archéologique, colonial, artisanal, etc).

Le patrimoine archéologique
omme nous l’avons vu dans la partie historique, Skikda, l’antique Rusicade, a possédé des vestiges parmi les plus importants d’Algérie. Malheureusement, les vestiges de Rusicade ont été rasés par les Français en 1841, pour y installer la ville coloniale : Philippeville. C’est ainsi qu’un cirque (amphithéâtre romain) en parfait état de conservation a été démoli pierre par pierre pour construire les remparts qui entouraient Philippeville. Ce cirque était unique non seulement en Algérie, mais dans toute l’Afrique du Nord. Il avait la particularité de possédait les installations qui permettaient de faire des naumachies. En effet, le cirque était non loin d’une rivière dont on pouvait détourner l’eau pour inonder l’arène pour effectuer des spectacles de batailles navales : les naumachies.
Cette disposition à deux fins, combats navals et jeux du cirque, était assez rare. En effet, on comptait alors avec celui de Skikda (Rusicade), 5 cirques de ce type dans tout l'Empire romain :
- Rusicade (Skikda)
- Colisée à Rome
- Cyzique (ville de Phrygie en Asie Mineure, actuelle Turquie)
- Pergame (ville de Mysie en Asie Mineure, actuelle Turquie)
- Corinthe en Grèce
C'est dire quelle merveille l'Algérie et Skikda particulièrement, possédaient alors.

Il y a de quoi s'indigner devant tant de gâchis, voici ce qu'a écrit à ce sujet M. Charles Vars dans son ouvrage : " Les Villes Romaines d'Algérie - Rusicade et Stora ou Philippeville dans l'Antiquité" (1896).
"[...]. Nous arriverons bientôt sur les bords d'un petit cours d'eau coulant dans le fond du vallon qui se creuse entre les pentes des collines qui forment l'ensemble du massif montagneux.
C'est des deux côtés de ce cours d'eau que s'élevait l'Amphithéâtre dont les troupes du général Négrier admirèrent la magnificence, le 10 avril 1838, lorsqu'elles campèrent au milieu des ruines de Rusicade.
Mais le visiteur qui aura suivi ce long itinéraire éprouvera ici une douloureuse déception. Au lieu des grands et vénérables restes qui provoquèrent le saisissement de nos troupes, [...], il ne verra plus surgir autour de lui que l'enceinte naturelle des collines dont ils étaient environnés. Du monument lui-même, pas la trace la plus fugitive !
[...], notre honneur de peuple civilisé a subi dans ce vallon un de ses plus graves échecs. C'est nous-mêmes qui avons porté des mains impies sur ces grands restes de l'Antiquité. C'est le Génie militaire qui a prononcé et mis à exécution l'odieuse sentence de destruction.
On va voir, par la description que nous allons faire de cette grandiose construction, [...], combien est repoussant cet acte d'inutile barbarie.
Inutile surtout, et c'est ce qui provoque le plus l'indignation. Ces superbes vestiges n'étaient-ils pas, en effet, bien éloignés de l'enceinte de la nouvelle ville, et pouvaient-ils mettre obstacle à son développement ? Quelle nécessité alors de les anéantir, tandis que, partout ailleurs, on eût respecté pieusement, en vénérables reliques qu'elles étaient, et sauvé même des ravages du temps qui les avait à peine entamées, pendant quinze siècles d'abandon, les vieilles et majestueuses assises !
On se retranchera, sans doute, derrière l'obligation stricte de mettre promptement à l'abri d'un coup de main, par une muraille d'enceinte élevée à la hâte, la ville qui sortait de terre. Devant un pareil devoir, comment hésiter à s'emparer de la carrière de blocs, tout prêts pour la pose, qu'offraient les vieilles arènes?
Mais, hélas ! Cette excuse n'est pas même présentable. [...]
Cette destruction est donc un acte de véritable démence, car on chercherait en vain, pour la justifier, une lueur de raison. Elle nous oblige à courber la tête sous l'avalanche des graves accusations de vandalisme lancées contre nous par les savants de l'Allemagne et de l'Europe entière, et elle serait de nature à porter atteinte à l'honneur de notre pays, si la France n'avait, dans bien d'autres circonstances analogues, noblement fait son devoir…
Comment une aussi odieuse profanation a-t-elle pu s'accomplir sous le commandement du maréchal de France qui se flattait de vouloir refaire l'Afrique romaine ?
Mais recouvrons d'un voile de deuil ce lamentable souvenir …
"

D’autre part, les ruines romaines ont servi de carrière de pierre pour construire les maisons des colons, et de nombreuses villas européennes ont été construite sur les assises de villas antiques !
Si on avait préservé ces vestiges, Skikda compterait aujourd’hui parmi les sites archéologiques les plus importants d’Algérie, au côté de ceux de Djamila, Timgad …
Le patrimoine archéologique est riche de vestiges de l’occupation romaine. Beaucoup de ces vestiges sont encore enfouis dans le sol de Skikda et de sa région, et ne demandent qu’à être mis au jour.

— Skikda - Statue dans la cour du musée Rusicade —

Le patrimoine colonial
e patrimoine coloniale dont certains édifices classés : (la gare, la poste, statues, quartiers, …)
Là encore, on peut déplorer que certains édifices soit laissés sans véritable entretien. Pourquoi attendre que tout se dégrade pour entamer des restaurations qui seront encore, au final, plus coûteuses qu'un entretien régulier ?

— Skikda - La Gare —

Le patrimoine artistique
a ville possède des œuvres d’art, dont certaines d’une grande valeur, comme les nombreux tableaux de l’Hôtel de Ville, dont certains signés par des grands maîtres.
Voir la Galerie Photos.
Un incendie en janvier 2006, en aurait détruit quelques-uns. Et comme pour se consoler, certains ont dit que "la plupart des toiles détruites n’étaient pas d’une grande valeur" ! Il y a de quoi être sidéré par de tels propos. Combien même cela serait vrai (ce qui n'est pas sûr), est-ce une raison suffisante pour accepter de laisser partir en fumée ce patrimoine artistique ?

— Le Golfe de Skikda vu de la Corniche du Phare de Stora —

Et que dire des statues installées dans des squares et exposées au vandalisme de quelques ignorants (statues estropiées, souillées avec de la peinture).

Skikda - Statue de Brennus

— Skikda - Statue de Brennus —

Skikda - Statue du philosophe Diogène

— Skikda - Statue du philosophe Diogène —

Le patrimoine touristique
ncien comptoir Phénicien puis Romain, port de pêche et de plaisance, plages de sable fin et infrastructures balnéaires diverses. Des frondaisons luxuriantes descendent à pic sur la route en corniche côtoyant la mer. Au printemps c'est une cascade de fleurs, bougainvilliers, roses, mimosas, capucines ...
La corniche et la route supérieure de Skikda à Stora offrent aux promeneurs sur 4 km une vue imprenable sur la mer et l'horizon.

Cette ravissante baie dont le grand axe est long de 4 kilomètres et le petit de 2, est une de celles qui furent certainement des plus fréquentées de l'Afrique du Nord romaine.
On peut également y admirer l'ancien refuge des galères phéniciennes, l'île de Srigina, à quelques encablures de la côte et le phare imposant qui s'y dresse, ancien repère pour les vieux bateaux de l'histoire en quête d'accostage.

Stora est devenue un faubourg de Skikda. La petite cité dont la population vivait autrefois presque entièrement de la pêche et des industries s'y rattachant (conserveries, salaisons...) s'étale au flanc de la montagne qui l'encercle entièrement. Le port de Stora qui avait une grande capacité d'accueil de chalutiers et de sardiniers a été agrandi. Stora est aujourd'hui une station balnéaire en pleine mutation.

Baignades - Promenades - Randonnées
Dès les premiers beaux jours, les estivants affluent sur les nombreuses plages réputées, aux eaux toujours calmes et tièdes et à l'abri des grands vents.
Des services d'autobus stationnant devant la gare ferroviaire, et des taxis permettent le transport à destination de Stora, à environ 4 km.

Une promenade captivante, est celle qui part du sommet de Stora par le chemin des Crêtes et de la Redoute des Singes, non loin de la Fontaine ferrugineuse, emprunte un chemin forestier et rejoint la route d'Aïn Zouit, et Skikda.

Le parcours est de 12 km environ, mais la splendeur du paysage, la beauté sauvage des sites visités, récompensent largement le promeneur de sa fatigue bienfaisante.

Toujours en partant du haut de Stora, on emprunte la route de la Grande Plage, particulièrement pittoresque par ses tournants, ses pentes rapides, et les précipices qu'elle longe pendant son parcours. Le spectacle de l'arrivée à la grande plage, la richesse du décor de verdure qui surgit brusquement après 10 km de brousse est saisissant.

Skikda

— Le Golfe de Skikda vu de la Corniche du Phare de Stora —

Une belle promenade consiste à monter jusqu'au col d'où l'on embrasse le panorama de la baie et du port de Skikda.

Dans la direction de Skikda, en suivant l'ancienne voie romaine, au creux du vallon qui constitue le ravin des Corsaires (car la légende prétend que dans cette crique les anciens corsaires barbaresques s'y réfugiaient), on passe l'oued sur un pont (le Pont Noir) dont l'arche unique est de construction romaine. Le parapet seul a été reconstruit. Parmi les pierres détachées fut trouvée l'inscription suivante :

"SOUS L'EMPEREUR CESAR TRAJAN ADRIEN AUGUSTE, LA REPUBLIQUE DES CIRTEENS A FAIT CONSTRUIRE A SES FRAIS LES PONTS DE LA VOIE NOUVELLE DE CIRTA A RUSICADE. SEXTIUS JULIUS MAJOR ETANT LEGAT D'AUGUSTE, PROTECTEUR DE LA IIIe LEGION AUGUSTA."

La République des Cirtéens dont parle l'inscription comprenait quatre villes libres ou colonies : CIRTA (Constantine), RUSICADE (Skikda), CHULLU (Collo) et MILEU (Mila) indépendantes des gouverneurs qui furent presque toujours les légats de la IIIe Légion Augusta, dont le camp de Lambèse près de Batna raconte l'histoire glorieuse.

En comparant les dates du règne de ces légats, le Pont Noir dit également Pont Romain, aurait été construit par les légionnaires en l'an 130.

La route que l'on suit jusqu'à Skikda, est donc la "VIA NOVA CIRTA A RUSICADEM", la voie nouvelle de Cirta à Rusicade, qui fut construite par les Romains et terminée sous le règne de l'empereur Hadrien, vers 133. D'après les inscriptions retrouvées sur différents points de son parcours, elle fut réparée sous Septime Sevère, sous Caracalla, sous Gordien, sous Philippe l'Arabe, sous Dèce, sous Treboinen Galle, sous Aurélien, sous Carin, sous Constance Chlore, sous Constantin et sous les Empereurs Byzantins.

Pavée de grandes dalles, cette route était encore en exploitation sous les conquérants arabes, et au VIe siècle, l'écrivain Léon l'Africain écrit que depuis Stora "jusqu'à Constantine se voit un chemin pavé de pierres noires comme on en voit aucuns en Italie, qui sont appelés chemins de Rome."
En 1838, la colonne du Maréchal Valée, descendant de Constantine vers le golfe de Stora, put emprunter la voie romaine qui était intacte sur sa grande partie.

A l'heure actuelle, encore, aux environs d'El Harrouch, on trouve dans les terres labourées, les vestiges de cette route.

Tourisme, oui mais...
n site touristique d’une grande beauté qui devrait inciter à la préservation des sites naturels, du littoral… Mais les défis qui restent à relever sont de constituer les infrastructures hôtelières qui devront répondre aux normes internationales et de mettre en valeur le littoral, ainsi que les paysages pittoresques qui devront rester aussi sauvages et naturels que possible sinon ils risquent de perdre irrémédiablement tout ce qui fait leur charme.
Ces défis qu'il ne faut pas attendre à relever, auront pour priorité de préserver l'environnement, sauvegarder les sites et paysages en interdisant tout type de construction.

Malheureusement, ces sites souffrent d'un manque d'attention et de civisme car différents détritus : bouteilles et sacs en plastique, déchets, etc... sont abandonnés par les estivants sur les plages et le littoral, dans la nature, en ville... C'est une véritable pollution écologique qui enlaidit le paysage. J'ai pu voir, en pleine ville, une personne finir de boire et jeter la bouteille vide, et ce n'était pas, malheureusement, la seule à se comporter ainsi ! Il y a véritablement un travail de sensibilisation à la préservation de l'environnement à faire auprès d'une frange de la population, quitte à sanctionner par des amendes les contrevenants, car c'est une bien piètre image que nous donnons de notre pays. Ce comportement ne se limite pas à Skikda, j'ai pu faire le même constat à Qacentina, Jijel...

Une autre aberration, c'est celle de ces constructions qu'on autorise à des endroits qui devraient être préservés, comme par exemple (mais ce n'est pas le seul) ce restaurant qui est installé sur la corniche de Stora et obstruant le petit passage qui mène au Phare. Ces commerces installés là viennent gâcher la beauté de ces lieux et empêcher le promeneur de profiter pleinement de ces endroits. On ne met pas en cause, bien entendu, l'existence de ces commerces qui auraient prospéré aussi bien à d'autres endroits du littoral.

— Quelques exemples parmi d'autres du manque de civisme de certains —