Histoire d'Algérie / Page 1 :
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Lalla Fatma N'Soumer

— Lalla Fatma N'Soumer —

Fatma N'Soumer
ppelée "la Jeanne d'Arc du Djurdjura" par l'historien Louis Massignon, Lalla Fatma N'Soumer incarne la résistance contre la France lors de la conquête de l'Algérie, plus précisément dans les années 1850. "Soumer" lui vient du nom d'un village dans lequel son père tenait une madarsa, une école religieuse.

Instruite, elle avait bénéficié d'une éducation raffinée. Mariée contre son gré à un cousin, Fatma est en quelque sorte en rupture avec le modèle traditionnel de l'époque et prend les armes contre les troupes françaises.

Enfance et formation religieuse
alla Fatma, fille de Tayeb Ben Cheikh Ali Ben Aïssa et de Lalla Khadidja, naquit en 1830 (1246 de l'ère hégirienne) au village de Ouerdja, sur la route de Aïn El-Hammam vers le col de Tirourda (Kabylie), au sein d'une famille qui se rattachait par sa conduite sociale et religieuse à la confrérie des Rahmanya.

Son père, moqaddem de la zaouia du Cheikh Sidi Ahmed Ameziane de la confrérie des Rahmanya, jouissait d'une position éminente au sein de sa famille puisqu'il était sollicité par les uns et les autres pour des conseils ou pour suivre la voie initiatique de la confrérie.

Lalla Fatma reçut une éducation religieuse et eut quatre frères (Tahar, Mohamed, Ahmed et Hadi). Belle femme aux traits expressifs, elle était décrite petite et de fort embonpoint (ce qui n'apparaît pas sur la photon, s'il sagit bien d'elle).

Lorsqu'elle atteignit l'âge de seize ans, son père la maria au dénommé Yahia Nath Ikhoulef. Mais le jour de son mariage, elle feignit d'être malade et son époux la renvoya chez ses parents tout en lui refusant le divorce.
Elle opta pour une vie d'ascétisme et se consacra à la prière et la dévotion, de même qu'elle approfondit ses connaissances théologiques et prit en main les affaires de la zaouia rahmanya à Ouerja.

Après la mort de son père, Lalla Fatma se retrouva isolée et totalement coupée des autres. Elle quitta son village natal et se rendit à Soumer où résidait son frère aîné Tahar et elle fut rattachée à ce village. Lalla Fatma N'Soumer fut influencée par son frère aîné qui maîtrisait les différentes sciences religieuses et objectives ; ce qui le prédisposait à devenir moqaddem de la zaouia Rahmanya de la région. Elle acquit auprès de lui les différentes connaissances théologiques nécessaires et sa renommée se répandit à travers toutes les régions de Kabylie.

Combattante algérienne

— Combattante kabyle —

Résistance contre la colonisation française
a résistance contre le colonialisme au cours de laquelle elle fit preuve d'un courage et d'un héroïsme exceptionnels fut d'une rare violence. Fatma a prouvé que la conduite de la résistance algérienne ne fut pas du ressort exclusif des hommes mais que même les femmes y participèrent. Depuis son jeune âge, Fatma N'Soumer avait grandi dans la haine du colonialisme et la résistance contre lui. Et dès que les conditions le lui permirent, elle s'engagea dans la résistance et participa aux côtés du chérif Boubaghla à la défense de la région du Djurdjura et à repousser les attaques lancées par l'ennemi contre Larba Nath Iraten, en lui coupant les voies de communication.
Plusieurs chefs de clans et cheikhs (chouyoukh) de villages se rangèrent à ses côtés et elle entreprit de provoquer et attaquer les troupes d'occupation.

Au cours de l'une des batailles, elle fit preuve d'un courage exceptionnel pour sauver le chérif Boubaghla resté dans le village de Soumeur lors du premier affrontement qui eut lieu au village de Tezrouts entre les troupes du Général Maissiat et les habitants. Toutefois, ces derniers furent contraints de se replier après une résistance acharnée en raison du déséquilibre du rapport des forces.
Le général devait franchir deux points difficiles : Techkirat et Thiri Bouirane. A cet endroit précis, Lalla Fatma avait rassemblé un groupe de femmes qui se tenaient debout sur une crête proche du champ de bataille et encourageaient les hommes par les youyous et différentes exhortations ; ce qui décupla le courage des combattants.
Le chérif Boubaghla fut blessé au cours de cette bataille et Lalla Fatma N'Soumer lui prodigua les soins nécessaires.

Elle enregistra plusieurs victoires contre l'ennemi, aux environs d'Illiti, Tahlijt Nath, Bourja, Taourirt Moussa et Tizi Bouabir. Les défaites successives amenèrent le général Randon à demander un cessez-le-feu. Ce répit sera mis à profit pour organiser la résistance : fabriques d'armes, réserves alimentaires, ...

Les autorités françaises furent amenées à mobiliser une armée considérable de 35.000 hommes, et dont le commandement fut confié au Maréchal Randon. Il sera appuyé par le Maréchal Mac Mahon qui lui fournit le matériel à partir de Constantine en vue d'affronter l'armée de Lalla Fatma dont le nombre ne dépassait guère 7.000 combattants, hommes et femmes.
Le Maréchal Randon se dirigea avec son armée vers les villages de Aït Tsouragh et Icherridène où était basée Fatma N’soumer en compagnie de 7.000 hommes et femmes. L’affrontement entre les deux troupes eut lieu le 11 juillet 1857 mais, malgré la résistance héroïque des insurgés, la balance pencha en faveur des Français en raison de l’inégalité des forces en présence. Après les pourparlers, un cessez-le-feu fut conclu et  assorti de quatre conditions :
- le redéploiement des troupes françaises en dehors des villages et des hameaux d’habitation
- L’exonération des taxes
- La non poursuite et la non sanction des chefs de la résistance
- La protection des biens et des personnes

Les négociations étaient dirigées du côté français par le Maréchal Randon et du côté algérien par Si Tayeb. Le Maréchal Randon fit semblant d’accepter les conditions mais ordonna l’arrestation de la délégation algérienne à la sortie du campement. En outre, il envoya le capitaine Fourchault au village de Takhlicht Nath Atsou pour arrêter Lalla Fatma N’soumer, qui fut emmenée avec un certain nombre de femmes et d'enfants, le 11 juillet 1857 (19 dhû al qaâda 1273 de l'Hégire).

L’armée française saisit de nombreux biens, emportant les bijoux des femmes ainsi que 50 fusils et plus de 150 manuscrits d’ouvrages scientifiques et religieux.

Fatma N'Soumer meurt en captivité en septembre 1863 à Beni Slimane à l'âge de 33 ans.
Ses cendres ont été transférées en 1994 du cimetière de Sidi Abd-Allah, à El Alia à Alger.